Le France livre une guerre secrète en Syrie

14/03/2012

François Loncle.JPGLe 20 décembre dernier, François Loncle, député de l’Eure (PS) et membre de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, a interrogé le gouvernement sur la situation en Syrie.

Il note que ce dernier a « adopté une position en pointe, en recourant à une rhétorique résolument interventionniste » et que la France est « le seul pays à avoir reconnu comme « interlocuteur légitime » le Conseil national syrien (CNS) ».

Puis François Loncle interroge :

1 – Est-ce que « la France étudie la préparation d’une opération militaire, dans la mesure où la sécurisation de zones ou de convois nécessite une protection armée et, en conséquence, l’emploi éventuel des armes » ?

2 – Quel est « le rôle exact joué par les agents du service action de la DGSE et les officiers du commandement des opérations spéciales (COS), dépêchés en Turquie et au Liban, auprès des militaires syriens ayant fait défection » ?

3 – Est-ce que « le soutien opérationnel et logistique fourni par la France à l’Armée syrienne libre (ASL), composée des déserteurs, implique des livraison d’armes » ?

Avec ces deux dernières questions, François Loncle  valide l’information diffusée par Le Canard enchaîné du 23 novembre selon laquelle des agents des services secrets français interfèrent dans les évènements de Syrie afin de déstabiliser le régime de Bachar Al Assad.

Les officiers des services spéciaux français seraient chargés de former à la guérilla urbaine les « déserteurs » recrutés par l’« Armée syrienne libre » (ASL).

A terme, le scénario envisagé serait un peu semblable à celui utilisé en Libye : aide à la « rébellion civile et militaire », présentation d’une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU, zone d’exclusion aérienne imposée par les forces aériennes de l’OTAN…

Ceci dit, les obstacles sont plus nombreux qu’en Libye.

Après que le porte-avions américian George H.W. Bush ait longé les côtes de Syrie, c’est la Russie qui a dépêché son porte-avions Amiral Kuznetsov accompagné de cinq autres bateaux et de nombreux sous-marins dans le port syrien de Tartous.

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Le ministre de la Défense syrien, le général Daoud Najha (au centre, en kaki), reçu à bord du porte-avions russe

Le Brésil, la Chine, l’Inde et l’Afrique du Sud font bloc derrière la Russie sur ce dossier.

Ces obstacles pourraient conduire les puissances occidentales et leurs alliés à préférer une ingérence indirecte par l’armement et le soutien de groupes armés sur le territoire syrien. Ingérence que la France met déjà en œuvre.

Le nombre et la qualité des recrues qui constituent l’ « Armée syrienne libre » restent assez flous (certains parlent de 8.000 hommes).  Ce qui est sûr c’est que son encadrement et son entraînement dépendent entièrement de la Turquie, du Qatar et de pays occidentaux dont particulièrement la France et la Grande-Bretagne.

Quant à son armement, il proviendrait de livraisons américaines, turques et israéliennes (Tony Cartalucci – site canadien GlobalResearch).

De son côté, l’émirat du Qatar organise la récupération d’une partie des armes qu’il a fournies à la « rébellion » libyenne pour qu’elles soient transférées à l’ASL (Slate Afrique).

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Armes du Qatar livrées en Libye et recyclées en Syrie

Pour Georges Malbrunot, journaliste au Figaro, Riad el-Assad, le chef de l’ASL, est une créature du gouvernement turc et des Frères musulmans syriens. C’est le service de renseignements turcs (Milli Istibarat Teskilati) qui contrôle ses mouvements tandis qu’un agent du ministère des Affaires étrangères répond à sa place aux demandes d’entretien des journalistes.

On sait aussi qu’environ 600 mercenaires libyens sont entrés en Syrie via le territoire turc afin de lutter aux côtés de l’« Armée syrienne libre » (site Al-Rai al-Arabi).

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Des islamistes libyens vont en Syrie « aider » la révolution (Journal espagnol ABC)

Sur les évènements en Syrie, Georges Malburot note que l’opposition intérieure syrienne connait une « dérive » violente et commet « des actes de vengeance particulièrement sanglants » ; que la contestation du régime de Bachar al-Assad se mue dans certaines régions en « affrontements confessionnels » ; et, qu’au sein de l’opposition institutionnelle exilée, les modérés sont en train d’être subjugués par les radicaux islamistes, politiques et militaires.

En participant à l’entraînement et à l’armement de l’ASL dont certains éléments opèrent des attentats terroristes sur le sol syrien, la France se trouve être un des pays parmi les plus responsables de l’escalade de la violence dans ce pays.

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