INCESTE:quelques données scientifiques médicales

19/11/2011

INCESTE:quelques données scientifiques médicales

par Aude Fiévet, samedi 19 novembre 2011, 11:42

Nous souhaitons attirer l’attention du Gouvernement, par l’intermédiaire du Ministre de la Santé, sur l’importance numérique et économique du fléau de santé publique qu’est l’inceste.

Mireille Cyr, professeure au Canada a montré que, 91,7 % des victimes de frères incestueux présentent un symptôme cliniquement significatif — c´est-à-dire nécessitant une intervention — contre 88,7 % des victimes de pères agresseurs et 63,6 % des victimes de beaux-pères. 

La revue de la littérature permet de dire que 20 à 44% des victimes d’abus sexuels dans l’enfance ne présentent pas de signes d’un devenir négatif (Dufour et al 2000), donc 66 à 80% des victimes nécessitent des soins.

 

 

Selon un rapport de l’Institut National américain de la Justice datant de 1996, qui reconnait d’ailleurs sous estimer largement le problème, le coût global des abus sexuels sur mineurs survenant chaque année aux Etats Unis s’élèverait à 23 milliards de dollars. De leur côté des chercheurs canadiens en 2003 établissaient un coût total annuel préliminaire estiùé pour leur pays à plus de 3 milliards et demi de dollars.

Si l’on extrapole à la France ces évaluations nord-américaines, on peut donc avancer que les abus sexuels commis sur les enfants coûtent à la France chaque année la modique somme de 5 à 7 milliards d’euros, soit, pour donner une idée, le coût annuel de l’ensemble des dépenses consenties pour le diagnostic et les soins du cancer dans notre pays…

Il n’est plus à démontrer que l’inceste est une dépense majeure de SANTE PUBLIQUE, très probablement du même niveau de cout que le cancer comme dit ci-dessus ou l’obésité (entre 10 et 15 milliards d’euros chaque année à l’Assurance-Maladie, souligne Valérie Boyer, présidente de la mission parlementaire.).

Le manque d’études nationales et le déni psychologique et sociétal qui entoure l’inceste, contrairement aux autres fléaux de santé publique, ne permettent pas d’être assez précis, mais les chiffres de prévalence de l’OMS sont graves.

Il est incompréhensible et tout à fait regrettable que la gigantesque enquête Elfe (Étude longitudinale française depuis l’enfance) ne soit pas utilisée pour une meilleur connaissance et une meilleure maîtrise du fléau.

Dans le contexte de restrictions budgétaires et de crise mondiale, il est d’autant plus important d’utiliser efficacement les crédits: la réorientation de ces crédits vers la prévention par l’information , et vers des thérapeutiques moins coûteuses et plus efficaces en même temps, sont deux pistes incontournables.

Le plus urgent (car phénomène le plus couteux pour l’Etat et les victimes) est de faire cesser les errances thérapeutiques, grâce à une efficace politique d’information de l’entourage des enfants, et des victimes sortant adultes du déni .

Il est par ailleurs incompréhensible aux victimes d’inceste de savoir qu’il y a un plan en faveur des victimes d’agressions sexuelles sur mineurs dans le sport, lancé par Mme Bachelot-Narquin, alors Ministre de la Santé, tandis que l’inceste en famille, soit 80% de l’ensemble de toutes les agressions sexuelles sur mineurs, est encore ignoré en 2011.

 

Ce sentiment est conforté lorsque les victimes d’inceste constatent également le soin et l’énergie avec lesquels a été lancé le plan Violences faites aux femmes par le secrétariat d’Etat à la Solidarité, plan que nous victimes d’inceste souhaiterions voir transposer pour la lutte contre l’inceste.

 

En France le rapport Fort de préparation de la loi contre l’inceste sur les mineurs °2010-121 a définitivement proposé la création de Centres de Victimologie comme cure la plus efficace. Le gouvernement, dont le Ministère de la Santé, ne peut donc ignorer que les soins aux victimes passent par une réorganisation de la filière de soins, sachant qu’une thérapie réellement appropriée divise AU MINIMUM par 2 le cout des soins.

 

A L’ÉTRANGER: au Canada, aux Etats-Unis ou en Angleterre, il existe des études de coûts.

Soc Sci Med. 2006 Oct;63(7):1711-9. Epub 2006 Jun 21. Links

The influence of child abuse on the pattern of expenditures in women’s adult health service utilization in Ontario, Canada.

Tang B, Jamieson E, Boyle M, Libby A, Gafni A, MacMillan H.

Offord Centre for Child Studies, Department of Psychiatry and Behavioural Neurosciences, McMaster University, Ont., Canada L8N 3Z5. b_tang@shaw.ca <b_tang> PMID: 16793185 [PubMed – indexed for MEDLINE]</b_tang>

Arch Dis Child. 1992 Jul;67(7):905-8; discussion 908-10. Links

Suspected child abuse: cost in medical time and finance.

Summers CL, Molyneux EM.

Accident and Emergency Department, Royal Liverpool Children’s Hospital.

In a prospective study the number of children attending the Royal Liverpool Children’s Hospital (RLCH) for examination after allegations of child abuse, and the type of abuse involved, was recorded from July to December 1990. The cost to the hospital of these examinations and initial investigations was assessed. The study was carried out in the major and minor accident and emergency departments and the Rainbow Centre of the RLCH. In six months 181 children were examined. Cases of sexual abuse and non-accidental injury were seen in equal numbers. Girls outnumbered boys and 60% were referred by social services. The costs over the six month period were 31,739 pounds. The minimum projected annual cost is 63,500 pounds. We conclude that the cost of running an effective service for the initial assessment of children who are possible victims of child abuse is considerable in practical terms and in medical time.

PMID: 1519956 [PubMed – indexed for MEDLINE

Child Abuse Negl. 2000 Nov;24(11):1471-84. Links

Symptomatology and health care utilization of women primary care patients who experienced childhood sexual abuse.

Hulme PA. University of Iowa, College of Nursing, Iowa City, USA. PMID: 11128178 [PubMed – indexed for MEDLINE]

1FEV 2005 MISSION REGIONALE D’APPUI DROIT ET VILLE I DE France DOCTS ET ETUDES, AMELIORER L’AIDE AUX VICTIMES A L’HOPITAL. Joël CANTIN, Directeur Adjoint C.H Pontoise – URHIF

COUTS ET SOINS AUX PATIENTS BORDERLINE

Gabbard GO, Lazar SG, Hornberger J, Spiegel D. – Menninger Clinic, Topeka, KS, USA.

Am J Psychiatry. 1997 – « L’impact économique d’une psychothérapie »

Objectif: Les auteurs ont passé en revue l’impact financier d’une psychothérapie pour les troubles psychiatriques.

Résultats:  Pour chaque dollar dépensé, 4 étaient économisés

CONCLUSIONS: La psychothérapie semble avoir un impact bénéfique sur divers coûts, quand elle est utilisée dans le traitement des troubles psychiatriques les plus sévères, y compris la schizophrénie, le trouble bipolaire, et le trouble de la personnalité borderline.

Hall J, Caleo S, Stevenson J, Meares R.- Centre for Health Economics Research and Evaluation, University of Sydney, Australia

J Ment Health Policy Econ. 2001 – Analyse économique de la psychothérapie pour patients avec trouble borderline

Le trouble borderline est une maladie mentale sérieuse dans laquelle il a été démontré que la psychothérapie améliore l’état des patients et pour réduire l’utilisation des services de santé.

MÉTHODES:  Des données sur les patients hospitalisés, urgences, soin ambulatoire, tests diagnostic et médicaments ont été collectés pour les douze mois avant la psychothérapie et les douze mois après la fin du traitement.

RÉSULTATS:  Il y avait une économie d’approximativement $670.000 chez les trente patients comparés à un coût de $130.000 pour la psychothérapie, donnant une économie nette de coût de $18.000 par patient.

L’essentiel étant dus à la réduction des hospitalisations.

20.3 Dr. Potenza – The Mental Health Center of Greater Manchester, New Hampshire

Psychiatr Serv 1998 – American Psychiatric Association Gold Award: Integration de la Thérapie comportementale dialectique dans un programme de santé mentale

Les patients ont eu une diminution de 77% en jours d’hôspitalisation passant de 479 à 85 jours. L’utilisation des jours partiels d’hôpitalisation a diminué de 76%, passant de 173 à 42 jours, et une diminution de 56% en jours de lit de crise a été notée, de 170 à 73 jours.

Les contacts en tête à tête avec les services de secours ont diminués de 80%, de 61 à 12 jours.  En raison de la nature du programme, le nombre de visites programmées de patient a triplé pour les 14 patients, passant de 438 jours par année avant le programme à 1.387 jours pendant le programme. Bien que le coût de ces visites de patients ait augmenté de $49.000 à $141.000, les coûts d’hôspitalisation pour eux ont diminué de $453.000 à $83.000.

Les coûts totaux de traitement ont été réduits de plus de la moitié passant de $645.000 par année avant l’entrée du programme à $273.000 pendant le programme. Soit une économie de $26000 par patient.

20.4 Linehan MM, Armstrong HE, Suarez A, Allmon D, Heard HL. – Department of Psychology, University of Washington, Seattle USA

1991 Arch Gen Psychiatry – Cognitive-behavioral treatment of chronically parasuicidal borderline patients

22 sujets assignés à la DBT et 22 sujets controle

Comparaison cout sur une année. L’économie était de $10,000 par patient et par an

DONNEES SCIENTIFIQUES: RAPPEL

SEQUELLES MEDICALES DE LA VIOLENCE SEXUELLE SUR MINEURS

Mireille Cyr, professeure au Canada a montré que, 91,7 % des victimes de frères incestueux présentent un symptôme cliniquement significatif — c´est-à-dire nécessitant une intervention — contre 88,7 % des victimes de pères agresseurs et 63,6 % des victimes de beaux-pères.

La bibliographie scientifique est extrêmement riche sur le sujet, même en France.

(voir les publications des Dr Darves-Bornoz, Vila, Salmona, etc)

Deux exemples seulement :

: Psychol Rep. 2001 Dec;89(3):595-606. Links

Physical symptoms, posttraumatic stress disorder, and healthcare utilization of women with and without childhood physical and sexual abuse.

Farley M, Patsalides BM.

Kaiser Foundation Research Institute, Oakland, California, USA.

For four groups of women: no abuse, physical abuse alone, combined sexual and physical abuse, and unclear about memories of abuse, we examined the associations between childhood sexual and physical abuse, chronic physical symptoms in adulthood, PTSD, and health care utilization. Of a randomly selected sample of 600 adult femalc members of a health maintenance organization, 86 (14%) chose to participate. Women with a history of physical and sexual abuse in childhood reported significantly more cardiovascular, immune, musculoskeletal, neurologic, and reproductive symptoms than those without this history. While the Sexual/Physical Abuse group had the most chronic physical symptoms, medical visits, emergency room visits, prescriptions, and severe PTSD, the Unclear Memory group consistently ranked second on these same measures–higher than either Controls or the Physical Abuse group. Findings underscore the importance of screening for trauma history among patients seen in medical clinics, and the importance for psychotherapists of attending to patients’ physical as well as psychological symptoms of childhood trauma.

PMID: 11824722 [PubMed – indexed

J Trauma Stress. 1999 Oct;12(4):613-23. Links

Similarities and differences between incestuous and nonincestuous rape in a French follow-up study.

Darves-Bornoz JM, Berger C, Degiovanni A, Gaillard P, Lépine JP.

Clinique Psychiatrique Universitaire, Hôpital Universitaire, Tours, France. darves-bornoz@wanadoo.fr

Clinicians are familiar with the life and psychological difficulties of incest victims, but their observations often are refuted as being retrospective and unsystematic. We aimed to ascertain similarities and differences between incestuous rape and nonincestuous rape. One hundred and two victims consulting a French forensic center were interviewed in a systematic follow-up study over 6 months using structured interview schedules. Stepwise logistic regression analysis adjusted for age, gender, and characteristics of the trauma showed that posttraumatic stress disorder, dissociative disorders, agoraphobia, and low self-esteem were overrepresented in the incest-rape group compared to the nonincest-rape group.

PMID: 10646180 [PubMed – indexed for MEDLINE

VARIETES DES BESOINS DE SOINS DE SANTE ET LEUR COUT

Dans de nombreux cas, fréquentes hospitalisations en psychiatrie pour suites de TS ou pour anorexie/boulimie, d’ usage de stupéfiants ou pour alcoolisme, ou pour des troubles multiples allant jusqu’à des cancers rarissimes et/ou pour stérilité .

Outre le concept notoirement reconnu de Stress Post Traumatique, de nombreuses victimes tombent dans l’enfer de ces différentes pathologies reconnues : la psychose bipolaire, la fibromyalgie, l’état borderline, qui coûtent fort cher à la société.

Je propose pour l’ensemble un coût forfaitaire de 200.000 € (vingt mille euros durant dix ans).

Un exemple concret : dépenses de santé directement liées aux séquelles des violences sexuelles sur une seule personne : (merci à elle pour avoir fait ce calcul):

Je peux déjà esquisser à partir de dépenses réelles en psychiatrie (consultations à 100 euros, 1500 €) ou en psychologie (alentour de 50 à 75 euros : 240 X 50 = 12.000 €) quoique, en ce qui me concerne, comme je suis en situation précaire, j’ai bénéficié d’un traitement social à 2,50 euros de l’heure deux fois par mois durant quelques temps.  Mais c’est un privilège dont très peu « jouissent ».  Il y a les séances d’EMDR et le Kinésiologue (100 euros / heure, aussi : 20 X 100 = 2.000 €) puis tous les médocs durant dix ans …ou durant trente ans ? ( dix ans : 520 semaines à 50 € = 26.000 € forfait bon marché)

Il y a les consultations de généralistes alentour de ce sujet mais il faudrait considérer toutes les dépenses de santé AVANT les soins : soins de dos deux fois par semaine depuis l’âge de 26 ans (dix ans : 36 x 520 = 18.720 € trente ans dans mon cas et je l’amortis en ne comptant pas les remboursements vu que, en plus, j’ai vécu 15 ans dans un pays où les remboursements n’existaient pas) , les conséquences économiques des échecs aux études (cinq années d’études répétées comptées à 1.200 € = 6.000 € 

TOTAL ESTIMATION sur base expérience propre :                                      66.220 euros.

 

 

L’AVFT quant à elle, procède aux calculs ci-dessous :

«L’AVFT est quant à elle constamment à la recherche de psy-chologues-chiatres spécifiquement formés à la prise en charge de victimes de violences sexuelles et au psychotraumatisme, encore trop peu nombreux, vers qui orienter les personnes qui la saisissent, dans toute la France.   La question du coût de cette prise en charge est cruciale. La consultation psychiatrique est remboursée par la sécurité sociale à 70 % du tarif pratiqué en secteur 1 (et ces psychiatres conventionnés secteur 1 sont quasiment introuvables en région parisienne, par exemple, ou complètement débordés), 12,10 euros restant donc à la charge du-de la patient-e, ou à 100% si les consultations prennent place dans le cadre d’une ALD (Affection Longue Durée), ce qui est possible pour la prise en charge d’une victime de viol mais ce que beaucoup de médecins ignorent. 

S’agissant des consultations chez un-e psychologue, la sécurité sociale ne rembourse rien. Certaines mutuelles prennent en charge un forfait généralement inférieur à 10 euros pour des consultations dont le coût est rarement inférieur à 40-50 euros.  

COUTS CACHES SUPPLEMENTAIRES IMPACTANT LE BUDGET DE SANTE DE L’ETAT

1/Troubles psychosociaux résultant des violences sexuelles sur mineurs ;

—Manque à gagner d’études supérieures : 400.000 € car une reconnaissance immédiate des faits avec thérapies permet à l’enfant victime de se reprendre alors que, au contraire, le silence et le déni l’écrasent chaque fois plus dans la dévalorisation et les maux psychosomatiques (vingt mille euros durant 20 ans).

—Perte de leur capacité d’établir des relations affectives et sexuelles avec un partenaire ou d’établir des liens de filiation et/ou d’éducation, faits très habituels chez ces victimes. Estimation impossible mais certainement élevée.

 

 

2/Répercussions sur la descendance : les enfants d’un parent dépressif et angoissé héritent du traumatisme assez fréquemment et ont aussi parfois les symptômes d’inceste.

3/Troubles professionnels

—Accidents de diverses sortes dû à la confusion mentale du sujet

—Absentéismes, pour ennuis cardiaques ou états dépressifs

—Pertes d’emplois successives pour dépression nerveuse.

—Mise en invalidité permanente après des années d’invalidité partielle. (coût pour le système de santé et pour la productivité nationale)

 

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Humanitarisme windows inside

10/06/2011

Genèse d’une fondation

microsoft Imperialisme humanitaireA l’aube de l’année 2000, poursuivant la tradition familiale et joignant sa femme au projet, Bill Gates, de son vrai nom William Henry Gates, troisième du nom, fusionne sa fondation caritative avec celle de son père pour créer la Bill Melinda Gates Foundation . Cette nouvelle structure poursuit et étend les desseins des précédentes en produisant ses initiatives dans les domaines de l’éducation, de la fourniture d’ordinateurs dans les bibliothèques et de l’assistance aux familles défavorisées dans la région du Nord-Ouest des États-Unis. Mais son plus important secteur d’intervention est celui de la santé mondiale, particulièrement à travers des programmes de vaccination dans les pays émergents. William Henry Gates II, fort de son expérience d’avocat d’affaires et de mécène patenté, prend les rênes de la fondation de son fils et de sa bru, avec Patty Stonesifer, ex-cadre dirigeante de Microsoft. Celle-ci, après presque dix ans de bons et loyaux services, est remplacée cette ! année par Jeff Raikes.

6 janvier 2009
Source: http://geopolintel.kazeo.com/Bill-Gates-ap-tre-de-l-imperialisme-humanitaire,r117384.html

Financée à sa création par près de 30 milliards de dollars, ce seront à terme, 95% de la fortune de son fondateur qui doivent revenir dans les caisses de cet organisme, les 5% restants étant réservés à ses héritiers. Et, en juin 2006, Warren Buffet, lequel détrône cette année Bill Gates du titre de l’homme le plus riche du monde, devient le plus important donateur à une organisation caritative en apportant 37 milliards de dollars, soit plus de 80% de sa fortune, à l’œuvre de son ami Bill Gates. Suivant son exemple, il déclare vouloir léguer le reste de sa fortune à la Fondation Gates.

Grâce à cet apport, la déjà puissante fondation de Bill et Melinda Gates cumule désormais une force financière de plus de 60 milliards de dollars. En comparaison, le budget de l’Unesco approche à peine le milliard de dollars. Les contributions qui entrent chaque année dans les coffres de la Fondation équivalent au budget annuel de l’Organisation Mondiale de la Santé. Depuis sa création, elle a lancé pour plus de 12 milliards de dollars de projets, autant en valeur que l’OMS. Et sa puissance budgétaire la consacre maintenant à l’égal d’une institution telle que le Fond Monétaire International [FMI]. En effet, elle dispose de ressources représentant deux fois le montant des prêts du FMI.

Par conséquent, l’influence d’un tel bailleur de fonds sur les ONG avec qui il coopère est énorme. Il est en position de décider des programmes à vocation humanitaire à mettre en œuvre, de dicter leurs orientations et de choisir les cibles. De plus, les milliards de dollars brassés ont un impact majeur sur les industries qui vont être amenées à travailler en partenariat avec lui. On assiste là à l’apparition d’un nouveau schéma de l’aide humanitaire, au mécanisme très différent de celui traditionnellement élaboré pour venir en aide aux pays sous développés.

Dans un nouveau style d’action appelée « venture philanthropy », la fondation Gates a l’ambition affichée de résoudre certains des graves problèmes de la planète. Par définition, les actes d’un bienfaiteur sont motivés par la générosité et non par la recherche du profit. Pourtant, on assiste aux Etats-Unis à l’avènement d’une nouvelle charité alliant financements caritatifs et investissements lucratifs. Ce concept a émergé, il y une dizaine d’années, avec la parution d’un article dans la Harvard Business Review intitulé « Capital vertueux : ce que les fondations peuvent apprendre du capital risque » dont l’idée essentielle était qu’il fallait considérer l’acte philanthrope non pas comme un acte charitable mais comme un investissement. Bill Gates, maître incontestable en la matière a plaidé, quant à lui, en faveur d’un capitalisme créatif en exhortant les dirigeants présents au forum économique mondial de Davos à s’engager sur cette voie afin de concilier ainsi, les deux prin! cipaux objectifs, d’après lui, de la nature humaine : « la satisfaction de ses propres intérêts et l’altruisme. » Le magazine électronique Slate, qui publie chaque année une liste des 60 plus généreux donateurs, dresse le portrait de ces nouveaux philanthropes : « Ils sont partenaires plutôt que bienfaiteurs. Ils n’aiment pas le mot charité, préfèrent parler d’investissements sociaux. Ils ont un vocabulaire d’entrepreneurs. Ils préfèrent travailler à l’échelle mondiale plutôt que locale …. » . «Charity must be considered as an industry » selon ces néo-philanthropes.

Mais pourquoi monter sa propre association humanitaire au lieu de faire des donations à un organisme ou à une association existants, qui partagent les mêmes objectifs et qui disposent déjà d’une expertise reconnue dans ce domaine ?

Les deux raisons de créer une fondation philanthropique pour les milliardaires américains, les plus évidentes, sont la fiscalité très avantageuse accordée aux capitaux placés dans une fondation à caractère caritatif et une bonne image de marque qui se répercute à l’ensemble des activités de son fondateur. Les fondations américaines sont régies par l’article 501c3 du code des impôts américain qui leur permet des exonérations d’impôts importantes et leur a même accordé en 1981 une nouvelle liberté : elles sont seulement tenues à un minimum de distribution égal à 5 % de leur dotation. Dans le cas de la fondation Gates, cela représente près de 2 milliards de dollars. Les 95% des fonds restants sont gérés et investis, par un cabinet propre à la fondation, « Cascade Investment L.L.C. », qui n’est pas tenu de divulguer quoi que ce soit de ses activités. Et, selon une enquête du Los Angeles Times, seulement 5% de l’argent, le minimum légal donc, est offert tous les ans aux causes so! utenues par la Fondation et les 95% restants sont investis principalement dans l’industrie pétrochimique et pharmaceutique.

Partenariats et intérêts communs bien compris.

A l’occasion du Forum économique mondial de Davos de 2000, la toute nouvelle fondation Bill Melinda Gates dote de 750 millions de dollars, l’Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination [GAVI] et son bras financier le « Vaccine Fund. GAVI est une coalition d’organisations constituée pour lutter contre la stagnation des taux de vaccination dans les pays en développement. Plusieurs gouvernements nationaux, le programme PATH pour les vaccins de l’enfance, la Fédération internationale de l’industrie du médicament (FIIM), des instituts de recherche et de santé publique, la Fondation Rockefeller, l’UNICEF, le Groupe de la Banque mondiale font également partie de GAVI.

En juin 2001, une structure mise sur pied par les Nations unies, à l’instigation de Kofi Annan, voit à son tour le jour, c’est le « Fonds mondial de lutte contre le sida, la malaria et la tuberculose ». Et également lancée par Kofi Annan, lors de la réunion de 2003 du Forum économique mondial, la Global Initiative Health (GHI) a pour mission d’inciter les entreprises à conclure des partenariats publics-privés afin de lutter contre le SIDA, la tuberculose, la malaria et de renforcer les systèmes de santé des pays émergents. La Fondation Gates en assure l’administration, conjointement avec le NIH (équivalent américain du Ministère de la Santé). Cette initiative se focalise sur la fabrication de vaccins.

Les sièges que détient la Fondation Gates aux conseils d’administration de ces institutions lui permettent de peser sur les politiques et les priorités en matière de santé mondiale. Son influence croît par l’importance de ses contributions à la plupart des grandes initiatives mondiales de santé publique.

Lors du G8 de 2005, un nouvel outil de financement est conçu : la « facilité internationale de financement pour la vaccination » ou IFFIm. Elle accélère la disponibilité des capitaux destinés aux programmes de santé et de vaccination. La mécanique est simple, l’IFFIm émet un emprunt obligataire sur le marché des capitaux internationaux, dont le remboursement est assuré par les Etats participant à l’opération. L’IFFIm a permis de doubler les ressources financières que GAVI consacre à ses programmes de vaccination. Autre innovation : la garantie de marché ou l’AMC pour « Advanced Market Committments ». Par ce mécanisme, l’industrie pharmaceutique obtient la garantie d’achat d’un nombre déterminé de vaccins à un prix fixé à l’avance par Gavi Alliance. Avec l’AMC, les industriels sont assurés de leur futur marché. Gavi Alliance a généré un véritable marché du vaccin dans les pays pauvres. Les laboratoires pharmaceutiques qui limitaient, auparavant, leurs champs d’intervention au! x pays développés qui ont les moyens d’acheter leurs produits, n’ont pas tardé à s’intéresser à ce nouveau secteur. En effet, depuis que la fondation Gates a créé GAVI, la vaccination des enfants pauvres contre l’hépatite B est passée de 20 à 60%.

Aux côtés des mécènes milliardaires, des hommes politiques s’activent. Ainsi, Bill Clinton organise à New York un forum annuel pour collecter des fonds qui réunit un millier de participants parmi lesquels figurent les plus grosses fortunes du monde et de nombreux décideurs internationaux. L’objectif de la Clinton Global Initiative (CGI) « est de créer un groupe permettant de réunir des personnalités disposant d’importants moyens financiers et des décideurs ayant les idées les plus novatrices ». La CGI agit comme un entremetteur. Dans le cadre de cette initiative, considérée comme « une bourse aux dons destinés à des causes utiles », des promesses de dons d’un montant d’environ 10 milliards de dollars ont déjà été enregistrées.

Hillary Cliton, étant nommée à la tête de la diplomatie américaine, la liste des donateurs de la fondation a été révélée, parmi lesquels des gouvernements, de grands groupes et des milliardaires ayant chacun leurs propres intérêts dans la politique étrangère des Etats-Unis.

Autre partenaire privilégié de la Fondation Gates, l’USAID, l’agence du gouvernement américain chargée de fournir assistance économique et humanitaire à travers le monde. Un récent rapport d’Oxfam America (ONG qui se bat contre la famine dans le monde) pointe les insuffisances du système américain d’aide à l’étranger. Ce système serait de plus en plus militarisé et se détournerait des objectifs humanitaires. Ainsi, cette agence a établi une nouvelle coopération avec l’armée américaine non seulement en Irak et en Afghanistan, mais aussi en Afrique et en Europe. Ce rapprochement entre les civils de USAID et les militaires rend public ce qui se produit depuis la fondation de USAID, selon ceux qui accusent le gouvernement américain d’utiliser cette agence comme couverture pour leurs actions secrètes d’infiltration et de déstabilisation.

Les pays pauvres, nouveaux marchés et cobayes de l’occident.

Ces orchestrations de campagnes massives de vaccination et ces financements de recherches médicales ont réveillé l’industrie pharmaceutique qui cherche maintenant de nouveaux traitements et vaccins pour les pays pauvres, en plus de ceux déjà existants qu’elle leur propose désormais. Saisissant cette opportunité, la société américaine Merck, l’une des cinq plus grandes sociétés pharmaceutiques mondiales, s’est associée aux principaux organismes de santé et de développement oeuvrant à l’échelle internationale, ainsi qu’à quatre autres sociétés pharmaceutiques dans le but de former une nouvelle entreprise coopérative des secteurs public et privé destinée à accélérer l’accès aux soins et aux traitements relatifs au SIDA dans les pays en développement. Merck s’est engagée à travailler conjointement avec le programme ONUSIDA, l’OMS, la Banque mondiale, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), ainsi qu’avec les soc! iétés Boehringer-Ingelheim, Bristol-Myers Squibb, GlaxoWellcome et F. Hoffmann-La Roche.

Mais que penser des pratiques de ces laboratoires pharmaceutiques, partenaires pour l’Afrique de la fondation Bill Melinda Gates ? En 2003, au Cameroun, les règles éthiques de la recherche biomédicale ne sont pas respectées par Gilead, entreprise américaine, qui teste sur 400 prostituées son antiviral Viread, sans leur consentement éclairé sur les risques encourus et sans prise en charge en cas de maladie déclarée au cours du test. Le promoteur de cet essai, Family Health International (FHI), le présente comme devant permettre de « savoir si le Viread peut jouer pour le sida le même rôle que la pilule en matière de prévention de la grossesse. » FHI est un organisme financé à hauteur de 6,5 millions dollars par la Fondation Gates. Et cette année, c’est au tour du laboratoire GlaxoSmithKline de déclencher la polémique en testant un vaccin expérimental contre la pneumonie sur les enfants de moins d’un an en Argentine, en Colombie et au Panama. Ce laboratoire est accusé de fai! re pression sur des parents pauvres pour qu’ils engagent leurs enfants dans des essais expérimentaux de médicaments qui ont entraîné la mort d’au moins 12 enfants. GlaxoSmithKline est partenaire du programme PATH, programme mondial de vaccins de l’enfance, fondé sur la base d’un financement initial de 50 millions de dollars issus toujours de la Fondation Bill Melinda Gates. Dans un film « The constant gardener», tiré d’une nouvelle de John Le Carré, sont dénoncées les dérives de grands groupes industriels pharmaceutiques qui prennent, en Afrique, des libertés avec les règles d’éthique qu’ils sont contraints de respecter dans les pays riches. Une fiction qui semble s’être nourrie de la réalité. Outre ces dérives, malgré toutes les déclarations d’intentions humanitaires, on retrouve, dans la santé comme dans les autres secteurs de l’industrie, les mêmes obstacles juridiques à l’usage de la technologie au profit de l’humanité. L’industrie pharmaceutique est la plus rentable ! au monde, après celle de l’armement, et l’une des plus riches.! Pour mieux comprendre le rapport de force qui existe entre cette industrie et les gouvernements africains, il suffit de comparer le poids économique de ces entreprises avec celui des Etats qui tentent de lutter contre leur pouvoir absolu. Un exemple : les bénéfices 2000 de Merck, toutes pathologies confondues, sont équivalents au produit intérieur brut du Congo.

Ainsi, ces firmes pharmaceutiques ont intenté un procès à l’Etat sud-africain, qui voulait faire passer une loi sur les médicaments génériques. L’urgence sanitaire devrait pourtant permettre aux pays pauvres qui ont désespérément besoin de médicaments de se les procurer au prix le plus faible grâce à une fabrication locale de génériques. Mais l’industrie pharmaceutique, largement soutenue par l’administration américaine et par la commission européenne, a réussi à faire inscrire, dans les traités commerciaux internationaux, un pilier de l’Organisation mondiale du commerce [OMC] : la priorité quasi-absolue du droit des brevets sur toute autre considération. Ce sont les accords ADPIC ou TRIPS conclus en 1994. En 1999, s’est tenu à Genève l’Assemblée Mondiale pour la Santé réunissant les ministres de la santé des Etats membres de l’OMS. A cette occasion, la résolution intitulée « Stratégie Pharmaceutique Révisée (SPR) » était proposée au vote. Donnant mandat à l’OMS pour s’intro! duire dans les négociations internationales relatives aux politiques d’accès aux traitements, elle devait lui permettre de contrebalancer les positions soutenues par l’OMC. Mais au final l’OMS ne remet pas en question les coûts prohibitifs des traitements fixés par les compagnies pharmaceutiques qui font des bénéfices exorbitants et qui conservent un monopole sur le marché mondial des médicaments.

Enième péripétie, en novembre 2001, la conférence ministérielle de l’OMC, réunie à Doha au Qatar, adoptait une « Déclaration sur la propriété intellectuelle et la santé ». Selon les termes de cette déclaration, les pays en développement étaient autorisés à contourner les monopoles liés aux brevets, lorsque cela est nécessaire pour assurer l’accès aux médicaments pour l’ensemble de leurs populations. Mais « L’utilisation de la Déclaration de Doha est quasiment impossible, du fait des pressions politiques exercées par l’administration Bush », affirme le Dr Pedro Chequer qui dirigeait jusque fin 2005 le Programme national brésilien de lutte contre le sida. « C’est exactement ce qui est arrivé au Brésil l’année dernière, quand nous avons tenté d’utiliser les licences obligatoires, disposition pourtant prévue dans la Déclaration de Doha ». L’article 5 (b) de la Déclaration de Doha affirmait pourtant que « Chaque état membre de l’OMC a le droit d’accorder des licences obligatoires! , et la liberté de déterminer les motifs pour lesquels de telles licences sont accordées ». La licence obligatoire est décidée par le gouvernement d’un Etat sans l’accord du propriétaire. Mais force est de constater que le recours à ces licences est en pratique extrêmement rare et la déclaration de Doha reste lettre morte. Cinq ans après, selon des chiffres de l’OMS, il n’y a toujours aucun générique disponible dans la plupart des pays en voie de développement et malgré les négociations à l’OMC pour permettre aux populations des pays en développement d’accéder à des médicaments bon marché, la politique de libre-échange des Etats-Unis réduit à néant les quelques avancées obtenues. Au mépris de leurs engagements multilatéraux, les Etats-Unis se sont lancés dans une politique effrénée d’accords régionaux et bilatéraux de libre-échange avec les pays en développement. Ces accords imposent systématiquement aux pays signataires des dispositions en matière de propriété intellectuel! le, dites « ADPIC+ », plus contraignantes que celles de l’acco! rd ADPIC (rallongement de la durée des brevets au-delà de 20 ans, extension des critères de brevetabilité, blocage de l’enregistrement des génériques, etc.). Elles limitent également le recours à un certain nombre de flexibilités prévues par la déclaration de Doha sur l’accord ADPIC et la Santé Publique, notamment le recours plein aux licences obligatoires et aux importations parallèles.

Ce n’est pas Bill Gates qui s’élèvera contre ce principe de protection des brevets et de monopole. Fondateur de la multinationale informatique Microsoft, sa fortune fut acquise grâce à une démarche commerciale agressive qui tenta d’imposer partout dans le monde un système d’exploitation et les logiciels coûteux qui les accompagnent. Ainsi, lors d’une tournée en Afrique effectuée avec son épouse pour le compte de sa fondation, il a organisé une réunion en 2003, sur le thème de « L’édification de la société de l’information en Afrique ». A cette occasion, il a qualifié Microsoft de « meilleure entreprise du monde » pour proposer des logiciels gratuits, des formations, le tout subventionné par la Gates Foundation dont les sommes énormes ont déjà séduit des pays comme l’Ouganda, l’Angola et la Namibie, les dissuadant d’utiliser les logiciels libres. A ce titre, il cherche à s’immiscer dans le projet « One Laptop per Child » qui vise à terme à équiper les enfants scolarisés des p! ays émergents d’ordinateurs à prix réduit, soit 100 dollars. Conformément à cette démarche, ces machines sont pourvues de logiciels libres dont Linux ; voyant cela, le PDG de Microsoft, qui avait dénigré ce projet dans un premier temps, a fait ajouter une carte externe à ces ordinateurs pour pouvoir les faire fonctionner sous Windows.

Des choix et des priorités incohérents.

Signée en 2000, la déclaration de l’ONU des Objectifs du Millénaire pour le développement fixe huit buts à atteindre d’ici 2015 par ordre d’importance :

§ Réduire l’extrême pauvreté et la faim § Assurer l’éducation primaire pour tous § Promouvoir l’égalité et l’autonomisation des femmes § Réduire la mortalité infantile § Améliorer la santé maternelle § Combattre le VIH/SIDA, le paludisme et d’autres maladies § Assurer un environnement durable

Le classement par ordre d’importance des OMD diffère de celui des missions élues par les fondations privées. Pour celles-ci, la lutte contre le VIH-SIDA et les autres maladies infectieuses, et donc la fourniture de traitements médicamenteux et de vaccins, est la première des priorités alors qu’elle n’est que le 6ème pour l’ONU. Autrement dit, les OMD n’inspirent pas directement la conception des programmes des fondations et la conduite de leurs activités philanthropiques internationales. Les fondations tendent à déterminer elles-mêmes leurs politiques et leurs stratégies.

En fonction de quels objectifs ? Et pourquoi ce manque de cohésion dans les politiques humanitaires à l’échelle mondiale, lequel ne peut que minorer les résultats sur le terrain ?

D’autre part, si les pays dits « émergents » apparaissent comme les cibles privilégiées des programmes internationaux des fondations, aucun pays parmi les pays les moins avancés (les pays les moins développés socio-économiquement de la planète) ne figure parmi les dix principaux récipiendaires de cette aide. On ne trouve ainsi que cinq PMA dans la liste des 50 premiers récipiendaires de l’aide des fondations. Les pays émergents tels que la Chine, l’Afrique du Sud, l’Inde ou le Mexique sont en revanche destinataires de 60 % de ces fonds.

Pourquoi les pays les moins développés, les plus pauvres d’entre les pauvres, ne sont-ils pas les cibles privilégiées de la bienfaisance des fondations caritatives privées ?

La fondation Bill Melinda Gates, quelle que soit l’ampleur de ses moyens, peut-elle réussir là où les ONG s’escriment depuis des années ? Favorise-t-elle les stratégies vitales pour les pays pauvres ? Pourquoi promouvoir la vaccination de masse de maladies infantiles telles que la rougeole ou les oreillons, bénignes dans la grande majorité des cas, alors que tant d’enfants dans les pays en voie de développement meurent des conditions pour lesquelles aucun vaccin n’existe (malnutrition, diarrhées dues au manque d’eau potable…) et que les matériels chirurgicaux de base nécessaires pour sauver des vies manquent ou sont obsolètes ? Que penser des campagnes de vaccination contre l’hépatite B alors que beaucoup d’enfants africains meurent d’autres maux longtemps avant d’atteindre l’âge auquel ce prétendu vaccin les protègera éventuellement de la contamination par cette maladie ?

Sans contrôle sur l’utilisation des fonds, sans concertation avec les institutions mondiales et sans consultation sur les besoins réels, le risque est grand que soient sélectionnés des projets rentables au détriment de ceux réellement nécessaires aux populations défavorisées.

Beaucoup de médecins experts discutent de la façon dont des priorités sont définies dans les programmes nationaux d’immunisation dans les pays en voie de développement, conduits par la poussée des donateurs externes. Des entreprises pharmaceutiques peuvent conduire l’ordre du jour, cachées au sein des agences comme GAVI. Ce rôle des agences internationales et de leur connexion avec les compagnies multinationales, en influençant les priorités de santé publique des pays en voie de développement a déjà reçu une certaine analyse critique. D’autres, sans remettre fondamentalement en cause la légitimité de cette approche, en soulignent les effets pervers : « Les difficultés que nous rencontrons dans le cadre de la réduction de la pauvreté, des maladies et de bien d’autres problèmes ne sont pas d’ordre financier », a affirmé Randolph Kent, directeur du projet « Humanitarian Futures » au King’s College, de l’Université de Londres « Lorsqu’on injecte plus d’argent pour tenter de réso! udre des problèmes, on court plus le risque de voir ces derniers se multiplier que d’apporter des solutions idoines à ces problèmes. » Sur le terrain, en effet, les fonds globaux payant des augmentations de salaire pour les cliniciens qui fournissent la thérapie de drogue antiretroviral pour des patients de HIV/SIDA, les médecins et les infirmières entrent dans le soin de SIDA pour recevoir ces augmentations, créant un exode des compétences et une pénurie de cliniciens et infirmiers pour assurer les soins de base. Au Botswana, par exemple, où l’initiative spécifique au Sida a été déclenchée avec la société Merck, les dépenses de santé par habitant, amplifiés par les donations, sont six fois la moyenne pour l’Afrique. Mais le taux de mortalité maternelle a presque quadruplé et le taux de mortalité infantile a augmenté nettement, l’espérance de vie au Botswana ayant progressé seulement de 41.1 ans en 2000 à 41.5 ans en 2005.

Constat.

Bill Gates, qui n’a que 52 ans, a cédé en juin la gestion quotidienne de Microsoft, tout en gardant un poids décisionnaire dans ce groupe, pour consacrer plus de temps à sa Fondation. Dans le cadre des objectifs officiels de celle-ci, il a choisi d’œuvrer en partenariat avec de grands groupes pharmaceutiques américains et européens plutôt que de favoriser l’émergence d’industries nationales et locales fabriquant des génériques à moindre coût pour les populations. De plus, les fonds investis au nom de cette dernière le sont, non seulement dans des industries polluantes implantées dans les pays émergents mais aussi dans ces multinationales du médicament qui imposent leur monopole aux plus faibles et qui sont peu respectueuses des règles d’éthique en matière d’essai thérapeutique. Cela met la Fondation Bill Melinda Gates dans une contradiction irrévocable et révèle un conflit d’intérêt évident. En outre, les pays choisis pour les interventions de la Fondation ne sont pas ceux! qui souffrent le plus et les actions suivies le sont sans tenir compte des priorités établies par les experts mondiaux ou les décideurs locaux. Cette indépendance trahit des buts inavoués.

Sous prétexte de charité, Gates impose la loi de la finance jusque dans le domaine des solidarités internationales. A travers sa fondation, le philanthrope américain domine progressivement la scène mondiale de l’action humanitaire et impose sa suprématie donc ses dictats. Sa fondation est en cela un instrument essentiel de l’influence américaine dans le monde. Une poignée d’individus confisque ainsi l’aide humanitaire avec la passivité complice des Etats qui renoncent à leur rôle de garant du bien collectif et de la justice sociale.

La fondation Bill Melinda Gates, c’est à la fois la privatisation de l’action humanitaire au profit des multinationales et le cheval de Troie de l’impérialisme américain.