M. Obama ferme Guantanamo et réengage son pays au Proche-Orient

2éme jour d’investiture d’Obama

Au deuxième jour de sa présidence, Barack Obama a ordonné la fermeture du centre de Guantanamo, mis la torture hors la loi, interdit à la CIA d’entretenir des prisons secrètes, et annoncé un engagement fort des Etats-Unis au Proche-Orient. « Nos actions, en défense de la liberté, seront aussi justes que notre cause, a-t-il dit. Nous, le peuple, nous maintiendrons nos valeurs fondamentales avec autant de vigilance que nous protégeons notre sécurité. L’exemple moral de l’Amérique doit de nouveau être le fondement et le phare de notre leadership global. »

Dans une allocution au département d’Etat où Hillary Clinton, la nouvelle secrétaire d’Etat, n’était installée que depuis quelques heures, Barack Obama a tracé plus concrètement qu’il ne l’avait jamais fait les axes de sa politique étrangère. Visiblement fatigué par le train d’enfer qu’il mène depuis 48 heures, butant sur les mots mais déterminé à confronter au plus vite « les deux menaces les plus urgentes pour la sécurité globale » : le Proche-Orient et le noeud Pakistan-Afghanistan.

D’un trait de plume, M. Obama a tourné la page sur la « guerre » contre le terrorisme décrétée par le président George Bush après les attentats de septembre 2001. Son porte-parole, Robert Gibbs, a indiqué qu’aucune recommandation particulière n’avait été faite contre l’utilisation de l’expression, mais il est clair que le nouveau président a mis en oeuvre une logique radicalement différente. La révision de la politique antiterroriste est placée sous la coordination du ministère de la justice, et n’est plus le monopole du Pentagone. La CIA, qui est déjà affligée d’un directeur « civil » en la personne de Léon Panetta, devra rentrer dans le rang et appliquer le manuel du soldat, sans s’écarter des 16 techniques d’interrogatoire qui y sont recensées.

Et c’est au département d’Etat que le nouveau président a consacré sa première visite. « Je le dis sans réserve ni équivoque : les Etats-Unis ne torturent pas », a-t-il dit, sous les applaudissements des diplomates, ravis de revenir au centre de la scène et d’avoir en Mme Clinton une personnalité capable de défendre leur importance et leur budget. M. Obama ne remet pas en question l’idée d’un affrontement avec l’islamisme radical (dans son discours d’investiture il a parlé de l’« Occident ») mais il entend y répondre en revenant aux valeurs fondamentales de l’Amérique. « C’est un accord qui remonte aux Pères Fondateurs, selon lequel nous adoptons certains comportements non pas seulement quand c’est facile, mais aussi quand c’est difficile », a-t-il souligné. « Nous avons l’intention de gagner ce combat, mais sur notre terrain. »

M. Obama a identifié les deux zones d’urgence prioritaire, et il a nommé deux fortes personnalités pour s’en occuper. L’artisan de l’accord de paix de 1998 en Irlande, George Mitchell, est nommé envoyé spécial pour la paix au Proche-Orient. Celui des accords de Dayton pour la Bosnie, en 1995, Richard Holbrooke, devient représentant spécial pour l’Afghanistan et le Pakistan. Il fonctionnera comme une sorte de super-coordonnateur de l’aide civile, en liaison avec le général Petraeus et le commandement militaire. A ceux qui s’inquiètent déjà de querelles de prérogatives, Hillary Clinton a répondu qu’il n’y avait « qu’une seule équipe ».

M. Obama a défini son objectif au Proche-Orient : « rechercher activement et énergiquement une paix durable entre Israël et les Palestiniens ainsi qu’entre Israël et ses voisins arabes ». Il a rappelé que le Hamas devait reconnaître le droit à l’existence d’Israël et renoncer à la violence s’il voulait participer au processus. Mais il a eu des mots compatissants pour les Palestiniens, ce qui a été interprété par le New York Times comme le signe que son administration « pourrait s’efforcer d’atteindre un ton plus impartial ». « Nos coeurs se tournent vers les civils palestiniens qui sont confrontés à une pauvreté étouffante depuis trop longtemps », a dit le président, annonçant que les Etats-Unis soutenaient « pleinement » une conférence des donateurs sur la reconstruction de Gaza, qui devrait se tenir en Egypte.

M. Obama a pris soin de préciser que l’assistance « sera fournie à l’Autorité palestinienne », alors que, comme le relève Philip Zelikow, l’ancien conseiller de Condoleezza Rice, celle-ci n’a aucune autorité à Gaza. « Est-ce que la politique est de remettre l’Autorité palestinienne au pouvoir à Gaza ? » interroge-t-il. Pour le professeur Joshua Landis, directeur du centre d’études du Moyen-Orient à l’université d’Oklahoma, « la stratégie de Bush depuis deux ans a été d’essayer d’affamer Gaza et de nourrir la Cisjordanie, dans l’espoir de conforter l’Autorité palestinienne. Cela n’a rien donné. Obama a besoin de faire quelque chose de neuf ».

Corine Lesnes
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